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La bataille pour l'île de Wake. Pour un groupe isolé de 400 Marines, avec seulement quelques pièces d'artillerie et une douzaine d'avions, la nouvelle de l'attaque sur Pearl Harbor, le 7 décembre 1941, était des plus inquiétantes. Personne n'ignorait qu'ils seraient la cible suivante. Mais, contre toute attente, cette petite troupe va néanmoins résister durant deux semaines aux forces d'invasion japonaises.
Wake est située à 5 heures à l'ouest d'Hawaii, à peu près au milieu de nulle part. La soit-disante île est en fait un atoll en forme de V, lui-même composé de trois îlots de corail (Wake proprement dite, le corps du V, Wilkes et Peale, les deux extrêmités) reliés par une route, avec un récif entourant un lagon. Wake fût découverte en 1586 par Alvaro
de Mendana, un explorateur espagnol qui mouilla à proximité,
puis débarqua dans l'espoir de se ravitailler en eau et en nourriture.
Mendana, qui ne trouva finalement ni eau ni nourriture, mais uniquement
des ronces, la baptisa San Francisco, et la localisa de façon
précise en latitude mais pas en longitude (quelque part, à
l'ouest d'Hawaii). L'intention première en capturant Wake était
d'y établir un relais pour le câble entre Midway et Guam.
Mais l'absence de toute eau potable, ajoutée au fait que l'île
avait visiblement été recouverte par les flots plusieurs
fois auparavant, dissuadèrent finalement de l'installer. En conséquence,
le câble passa directement jusqu'à Guam en évitant
Wake. A la date du 6 décembre 1941, veille de l'attaque japonaise sur Pearl Harbor, le statut défensif de Wake était loin d'être idéal. Bien que conçue comme base pour hydravions de reconnaissance Catalina, l'île n'en possédait encore aucun. Et seules les installations les plus primitives étaient déja en place pour le support des avions. Sans compter que son escadrille, la VMF-211, n'avait que 12 avions F4F Grumman Wildcats et que ses pilotes étaient encore à s'entraîner avec ce modèle nouveau pour eux. Sur l'ensemble de l'atoll, il y avait 449 Marines de tout rang, détachés du 1er Bataillon de défense, équipés et entraînés pour le combat. Les défenses au sol intégraient l'artillerie complète d'un bataillon de défense (des batteries côtières de 5 pouces et des canons anti-aériens de 3 pouces) : elles avaient été installées, protégées par des sacs de sable et camouflées, à force de journées de travail de 12 heures. Cependant, pour manier l'ensemble des canons, 43 officiers et 939 hommes du rang auraient été nécessaires alors que seuls 15 et 373 étaient disponibles. En outre, l'île comptait 1.200 employés de construction civils non-armés.
L'annonce
de la guerre arriva le 8 décembre 1941 à 7 heures du matin,
heure locale. A 11 heures, plusieurs avions surgirent des nuages : il
s'agissait de la force d'attaque japonaise, composée de 34 bombardiers
Nell, et venant de Roi à 800 kilomètres au sud. La pluie
présente masqua leur descente et leur approche, mais l'absence
complète de tout avertissement à temps mettait en évidence
un des besoins les plus cruciaux pour les défenseurs : la nécessité
d'un radar. L'offensive japonaise fut dévastatrice. Utilisant
des bombes de 100 livres et des canons de 20 millimètres, l'attaque
aérienne avait détruit sept des chasseurs F4F au sol.
Le réservoir de carburant reçu un coup direct, explosa
et souffla tout alentour. L'escadrille VMF-211 venait de subir 60% de
pertes et 84 américains étaient morts ou mourrants. Partout
dans le Pacifique, c'était le même scénario : à
Pearl Harbor, Guam, aux Philippines, en Chine du nord. Dans sa première
allocution après le désastre de Pearl Harbor, le Président
Roosvelt avait prévenu les américains pour se préparer
à l'annonce de la chute de Wake. Avec le gros de la flotte au
fond des océans, il ne pouvait être question, pour les
jours immédiats, d'une défense navale de Wake.
L'île allait devoir compter sur ses seules forces. L'amiral Inouye, commandant japonais de la 4ème
Flotte Impériale, était chargé par les plans d'alors,
non seulement de la capture de Wake, mais plus important encore, de
celle de Guam, de Makin et de Tarawa. Dans la nuit du 10 décembre,
Guam tombait. Et plus tôt dans la même journée, Makin
et Tarawa s'étaient rendues. Seule Wake subsistait. Le 11 décembre, à 3 heures du matin, les
navires ennemis furent repérés par les vigies. A 5 heures,
les navires de Kajioka débutèrent leur approche finale.
A cause du temps défavorable et d'une mer agitée, les
bateaux progressaient lentement et pas de la manière souhaitée
; certaines barges de débarquement étaient même
retournées. Peu après, la flotte ouvrît le feu sur
la partie sud de Wake. Les batteries côtières, cependant,
restèrent silencieuses et cachées derrière un camouflage
de brousaille. A 6 heures du matin, lorsque les navires ennemis fûrent
assez près, les Marines commencèrent également
à tirer. Alors que les américains venaient de définitivement
révéler leurs positions, les tirs de riposte japonais
s'avérèrent très imprécis. Une batterie
envoya deux obus sur le Yubari au niveau de la ligne d'eau, et
deux autres touchèrent son arrière. Gravement touché,
le Yubari se retira au-delà de l'horizon. Le tir d'une
autre batterie causa une violente explosion sur le destroyer Hayate
: il se brisa en deux et coula. Le Oite était la cible
suivante et reçu un coup direct : le navire lança alors
un écran de fumée et s'esquiva tant bien que mal. Les
artilleurs reportèrent leur tir sur les transports de troupe
Kongo Maru et Konryu Maru : un obus toucha le navire de
tête, provoquant la fuite des deux. Un autre croiseur, à
l'extrêmité ouest de l'île reçu un obus à
la poupe et se déplaça pour être hors de portée.
Enfin, le destroyer Yayoi accusa un coup dans sa poupe où
un incendie se déclara. Kajioka ordonna alors une retraite :
les plans de débarquement étaient oubliés, le contrôle
des dégâts et la maîtrise des incendies devenant
la priorité.
L'ennemi conserva une pression aérienne sur l'atoll. Jour après jour, les bombardiers Nell basés à terre attaquèrent, désormais couverts par des chasseurs Zéro et épaulés par des hydravions Mavis utilisés comme bombardiers, puis bientôt par des bombardiers en piqué Val depuis les porte-avions Soryu and Hiryu. Les avions s'attaquèrent méthodiquement aux positions de défense et aux batteries américaines. L'un après l'autre, les avions des défenseurs fûrent détruits : à ce moment, le reste de l'escadrille fût converti en infanterie. Pendant
ce temps, à Pearl Harbor, une expédition de secours était
prête à appareiller. Les secours à proprement parler
consistaient dans le cargo Tangier et le pétrolier Neches
: leur mission était d'apporter munitions et renforts ainsi que
de nouveaux avions, et de ramener les blessés et une partie des
civils à Pearl Harbor. L'expédition devait être
protégée des attaques aérienne, de surface ou sous-marine
par le groupe du Saratoga. Ce dernier comprenait le porte-avions
du même nom, trois croiseurs lourd et neuf destroyers. Mais la
progression du groupe était considérablement réduite,
la vitesse maximum de son élément le plus lent, le vieux
Neches, étant de 12 noeuds. Du côté japonais, les mêmes difficultés que pour la première tentatives étaient prévisibles, mais le haut-commandement conserva presque inchangées les bases du schéma d'attaque. Le nouveau plan était, au fond, surtout une version amplifiée par ses moyens de l'originale qui avait échouée. Les navires coulés fûrent remplacés par deux nouveaux destroyers (le Asanagi et le Yunagi), en plus d'un autre ajouté, le Oboro. En complément, deux porte-avions (le Hiryu et le Soryu avec 118 avions), suivi des croiseurs lourds Tone et Chikuma et des destroyers Tanikaze et Urakaze, fûrent détachés de la force d'assaut sur Pearl Harbor pour être dirigés sur Wake. L'amiral Isoroku Yamamoto, le commandant en chef de la Flotte combinée, était désormais convaincu que Wake, au contraire d'autres objectifs du centre du Pacifique, était une pierre d'achoppement majeure. Pour laisser le moins possible d'opportunité aux batteries côtières, le débarquement initial fût prévu pour avoir lieu dans l'obscurité, bien avant l'aube. Et pour renforcer la surprise, il n'y aurait pas de bombardement naval préliminaire. Les
Marines repérèrent la force japonaise le 23 décembre
à 2 heures du matin. A ce moment, les 1.000 hommes de l'infanterie
de marine japonaise étaient déja en train de prendre place
dans les barges de débarquement : deux se dirigèrent vers
Wilkes et les autres vers la côte sud de Wake.
Quatre-vingt-un Marines, huit marins, et 82 travailleurs civils furent tués durant la bataille. Les japonais, cependant, payèrent chèrement leur victoire. Des informations fragmentaires et de plausibilité variable sont contenues dans diverses sources. Néanmoins, les estimations suivantes peuvent être faites : 21 avions détruits et 51 endommagés, 3 navires détruits ou coulés et 8 endommagés, plus de 1.000 hommes tués ou disparus. Au regard de la puissance accumulée pour l'invasion et des maigres forces des défenseurs, il s'agit d'une des batailles les plus humiliantes que la Flotte japonaise ait eue à subir. Enfin, la résistance de Wake avait ralenti la progression de la campagne japonaise prévue pour la conquête du Pacifique. Enragés
par leurs pertes, les japonais traitèrent brutalement les prisonniers
militaires. Certains fûrent mis nu ou à demi-nu. La plupart
avaient les mains attachés dans le dos avec du câble de
téléphone. Enfin, cinq des défenseurs fûrent
décapités à bord du navire Nitta Maru. A l'exception de 100 travailleurs
civils qui fûrent maintenus sur l'île, tous les autres fûrent
envoyés en captivité avec les militaires. En
1949, une nouvelle piste pour l'aéroport fut construite par-dessus
l'ancienne de corail. L'île joua alors un rôle comme escale
de ravitaillement pour les avions durant la guerre de Corée.
Pendant la Guerre froide, l'île fut une base pour les vols de
surveillance vers l'URSS. Enfin, la base fut utilisée comme base
d'escale durant l'opération "Tempête du désert"
contre l'Irak en 1991.
Liens
internet Films
en rapport
Critiques, remarques,
insultes :
La
Gazette de Battlefield 1942, par Caepolla & Ubaldis
- hébergé par Free. |
Une île au milieu de nulle part.
Carte
des installations de défense.
Une photo de Wake prise en mai 1941 depuis un hydravion Catalina.
Nord de Wake. 1941.
Formation de bombardiers Mitsubishi G3M1 et G3M2 Type 96 (Nell).
Epaves
des Grumman de l'escadrille VMF-211 après les raids aériens japonais
sur Wake.
Un canon anti-aérien de 3 pouces en action.
Photo contemporaine d'un vieux canon côtier de 5 pouces sur Wake.
Le croiseur léger Yubari, du contre-amiral Sadamichi Kajioka, utilisé dans les opérations contre Wake.
Le destroyer
Kisaragi, qui coulera après avoir reçu une bombe de 100 livres, le matin du
11 décembre 1941.
Marines
du 4ème Battaillon embarquant à bord du Tangier au quai de Pearl
Harbor, le 15 décembre 1941, à destination de Wake.
Le porte-avions japonais Hiryu.
Epave du
dernier avion américain, sur la plage où il s'est écrasé le 22 décembre avoir
avoir détruit un Kate japonais.
Le navire de patrouille n° 33 échoué et détruit. Wake, 23 décembre 1941.
Barge de débarquement japonaise échouée sur Wilkes.
Le Major James P. S. Devereux, l'officier supérieur des Marines sur Wake.
Troupes
japonaises rendant un dernier hommage au Lieutenant Uchida, tué ainsi que 2
autres officiers et 29 hommes de son unité lors de l'assaut final.
Travailleurs civils marchant vers la captivité après la capture japonaise.
Affiche
pour le film Wake island (1942). Film de propagande bien sûr, mais quand
même nominé pour 3 Academy Awards sur ses qualités cinématographiques. Détail
: l'affiche est correcte, les soldats de Wake avaient encore des vieux casques
de la Première guerre mondiale.
Raid de bombardiers Dauntless sur Wake en 1943.
En 1945,
la garnison japonaise rend Wake aux américains après la capitulation.
Wake, de
nos jours.
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